les mots

01 octobre 2007

citation Daniel Pennac, "comme un roman"

«La vertu paradoxale de la lecture est de nous abstraire du monde pour lui trouver un sens.»

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06 octobre 2007

extrait la guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudou

(Acte I, scène 4)

Pâris : Mon cher Hector, c'est vrai. Jusqu'ici, j'ai toujours accepté d'assez bon coeur les séparations. La séparation d'avec une femme, fût-ce la plus aimée, comporte un agrément que je sais goûter mieux que personne. La première promenade solitaire dans les rues de la ville au sortir de la dernière étreinte, la vue du premier petit visage de couturière, tout indifférent et tout frais, après le départ de l'amante adorée au nez rougi par les pleurs, le son du premier rire de blanchisseuse ou de fruitière, après les adieux enroués par le désespoir, constituent une jouissance à laquelle je sacrifie bien volontiers les autres... Un seul être vous manque, et tout est repeuplé... Toutes les femmes sont créées à nouveau pour vous, toutes sont à vous, et cela dans la liberté, la dignité, la paix de votre conscience... Oui, tu as bien raison, l'amour comporte des moments vraiment exaltants, ce sont les ruptures... Aussi ne me séparerai-je jamais d'Hélène, car avec elle j'ai l'impression d'avoir rompu avec toutes les autres femmes, et j'ai mille libertés et mille noblesses au lieu d'une.

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17 octobre 2007

les Etats-Unis et la religion

Lors de sa campagne présidentielle, Georges Bush a déclaré que Jesus était son philosophe préféré... sans commentaire !

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19 octobre 2007

extrait Primo Levi, "si c'est un homme"

Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d'un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est impossible d'aller plus bas : il n'existe pas, il n'est pas possible de concevoir condition humaine plus misérable que la notre. Plus rien ne nous appartient : ils nous ont pris nos vêtement, nos chaussures, et même nos cheveux ; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s'ils nous écoutaient, ils ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu'à notre nom : et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste.
   Nous savons, en disant cela, que nous serons difficilement compris, et il est bon qu'il en soit ainsi. Mais que chacun considère en soi-même toute sa valeur, toute la signification qui s'attache à la plus anodine de nos habitudes quotidiennes, aux milles petites choses qui nous appartiennent et que même le plus humble des mendiants possède : un mouchoir, une vieille lettre, la photographie d'un être cher. Ces choses-là font partie de nous presque autant que les membres de notre corps, et il n'est pas concevable en ce monde d'en être privé, qu'aussitôt nous ne trouvions à les remplacer par d'autres objets, d'autres parties de nous-mêmes qui veillent sur nos souvenirs et les font revivre.
   Qu'on imagine maintenant un homme privé non seulement des êtres qu'il aime, mais de sa maison, de ses habitudes, de ses vêtements, de tout enfin, littéralement de tout ce qu'il possède : ce sera un homme vide, réduit à la souffrance et au besoin, dénué de tout discernement, oublieux de toute dignité : car il n'est pas rare, quand on a tout perdu, de se perdre soi-même ; ce sera un homme dont on pourra décider de la vie ou de la mort le coeur léger, sans aucune considération d'ordre humain, si ce n'est, tout au plus, le critère d'utilité. On comprendra alors le double sens du terme "camp d'extermination" et ce que nous entendons par l'expression "toucher le fond".

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20 octobre 2007

L'ange et les trois princesses perverses - épisode 1

Le premier épisode d'une histoire un peu débile, que seuls ceux qui connaissent les personnages réels peuvent comprendre.

Il était une fois trois princesses qui étaient mariées, certes, mais un jour un ange passa. Elles tournèrent la tête et furent victimes d'un fort rosissement popotal !

   La première princesse, que tout le monde appelait Rosie à cause de ses longs cheveux aux reflets roses, alerta les deux autres que l'ange était venu s'installer pour longtemps dans le royaume. Elles en furent toutes émoustillées. Leus deux autres, Dora l'exploratrice et Jas furent toutes en joyeuseté d'apprendre cette merveilleuse nouvelle ! Tous les jours le top gang essayait de rallier bon nombre de princesses à leur nouvelle religion, le gugusianisme (car l'ange s'appelait Gugu), mais leurs maris ne le virent pas de cet esgourde là.

   En effet, l'époux de Rosie, Dieu, en fut très jaloux et critiquait chaque geste du pauvre ange innocent. Dora, elle, ne parla pas du tout de Gugu à son mari Docteur mamour de peur qu'il n'accepte pas cette subite attirance. Quant à Jas, son époux Saminou en fut terriblement choqué.
   
   Dieu commença à faire sa petite crise de jalousie, il ne voulait pas que Rosie aille voir son ange, mais celle-ci n'avait même pas atteint le niveau 1 avec Gugu ! Quant aux autres, elles pouvaient tranquillement faire le regard caramel mou. Dora était experte en regard caramel mou, nommé de ce nom par Rosie, ce qui fit bien rire ses amies ! Jas s'entraînait tous les soirs au lieu de s'occuper de Saminou : Ce dernier devenait irritable, mais Jas s'en moquait, le plus important, c'était Gugu le beau !

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C. Baudelaire, l'horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

"Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

"Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! -- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Mintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

"Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

"Souviens-toi que le temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

"Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertue, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !)
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"

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